|
En 1992, l'approbation par les citoyens et citoyennes suisses, de l'introduction
du service civil avait laissé croire que le problème
de l'objection de conscience serait enfin résolu. Dix ans
plus tard, il devient toujours plus clair que la loi en question
comporte de grosses lacunes. Celui qui veut accomplir un service
civil doit subir dans le cadre de la procédure d'admission
un audition exigeante incluant un examen de conscience –
ceci bien que le service civil dure une fois
et demi l'exécution du service militaire.
Les conséquences
sont fatales: de nombreux jeunes gens qui ont un problème
avec le service militaire ne déposent même pas de
demande, car ils s'attendent dès le début à
ce qu'elle soit refusée. Comme l'intégralité
de la procédure est trop compliquée, ils préfèrent
consulter un psychiatre plutôt que de déposer une
demande de service civil. Les taux élevés de réformés
du service militaire, et en particulier les licenciements à
l'école de recrues sont d'ailleurs parfaitement parlants.
Accepté uniquement pour des motifs moraux
Celui qui, malgré ces difficultés, dépose
une demande de service civil a certes statistiquement de bonnes
chances que sa demande soit approuvée – 8 demandeurs
sur 10 sont acceptés au service civil.
Mais, derrière
les demandes qui sont rejetées se trouvent des hommes dont
les convictions ne conviennent pas aux exigences de la commission
d'audition. Celui qui ne peut pas rendre crédible son conflit
de conscience face au service militaire échoue, même
s'il souhaite ardemment accomplir un service civil: seuls sont
pris en compte les motifs moraux et éthiques.
Selon l'avis
de la commission d'audition, Marino Keckeis ne remplissait pas
ces conditions, et, afin de rester en accord avec ses convictions,
Marino n'a pas vu d'autre solution que de ne pas donner suite à l'ordre de marche pour l'école de recrues. Les
conséquences furent lourdes: un parcours d'une année
dans les dédales des tribunaux militaires helvétiques
avec pour résultat une condamnation à «seulement»
cinq mois de prison.
Marino n'est pas un cas exceptionnel. Ces derniers jours, un objecteur
de conscience vient d'être condamné à huit
mois de prison – alors qu'il était lui aussi prêt
à accomplir un service civil. Pour échapper à
la prison, la plupart des demandeurs refusés choisissent
une autre voie en allant voir un psychiatre.
Réveiller le milieu politique
Par sa grève de la faim, Marino Keckeis a voulu réveiller
le milieu politique. Il était soutenu par différents
groupes de solidarité de toute la Suisse, qui au moyen
d'actions régulières, ont fait connaître au
public les absurdités de ce système injuste –
une exception suisse en comparaison avec nos voisins européens.
A St-Gall, Lucerne, Zug, Bâle, Zurich et également
en Suisse romande, ils ont rendu public le slogan: «Conflit
de conscience, le service civil plutôt que l'armée».
La requête de Marino a été appuyée
sur le plan politique par une pétition de 18'000 signatures
demandant la suppression de l'examen de conscience. Les pressions
pour un changement viennent également de l'étranger:
Amnesty International, le Bureau Européen des Objections
de Consciences (EBCO) à Bruxelles, l'Internationale des
Résistants à la Guerre (IRG) à Londres et
Eglise et Paix, le Conseil suisse des activités de Jeunesse
(CSAJ), la Conférence des évêques suisses,
condamnent publiquement le système suisse.
Les politiciens suisses ont l'opportunité de supprimer
l'examen de conscience: la révision de la loi sur le service
civil est à l'ordre du jour au Conseil national. Il y a
donc réellement une possibilité de changement en
la matière. |