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Argumentaire

Cet argumentaire est sommaire et montre notre base de réflexion. Outre de nombreux ouvrages et articles publiés ces dernières années sur le thème des OGM, nos sources principales sont:

Nous avons une approche systémique de la thématique des OGM. Même si cet argumentaire est divisé en plusieurs parties, celles-ci sont liées entre elles.

A. Problèmes liés à l'idéologie et à l'application des OGM

  • Mythe du manque mondial de nourriture

    Selon la FAO (2006), avec les technologies non OGM actuelles la Terre pourrait nourrir 12 milliards d'humains. Ce n'est pas la nourriture qui manque: c'est l'accès à la terre et aux petits crédits; c’est la mauvaise répartition des richesses et de la nourriture qui cause la faim dans le monde.

  • Mythe de la solution par le génie génétique

    Selon Greenpeace, «il existe déjà des espèces cultivées de manière conventionnelle qui sont résistantes aux champignons, et des maladies fongiques comme l'oïdium sont avant tout un problème lié aux méthodes de culture intensive.» La sécurité est dans la biodiversité!

  • Mythe de la réduction d'usage de pesticides

    Du côté des herbicides: si, dans un premier temps, les OGM résistant à un pesticide - par exemple au « Roundup » (pesticide phare de Monsanto) - permettent une réduction d’épandage dudit pesticide, cet avantage se perd au bout de trois ou quatre ans. Par ailleurs, le « Roundup » hautement toxique entre dans la chaîne alimentaire via le sol et les nappes phréatiques, mais aussi via les plantes résistantes à ce produit, car elles sont aspergées par ce dernier.
    Du côté des insecticides: les OGM permettant d’éviter l’épandage d’insecticides les produisent en réalité eux-mêmes (le gène inséré étant à l’origine d’une « protéine insecticide »), mais les législations américaine et européenne sont telles que ces OGM ne subissent pas de tests toxicologiques au même titre que les insecticides. Ces OGM-insecticides posent un problème capital: il est impossible de réguler l’insecticide, celui-ci étant produit 24h sur 24 par la plante. Ainsi, l’environnement subit une pression constante et les conséquences potentielles et avérées sont nombreuses.

  • Mythe du moindre impact environnemental

    Des scientifiques ont démontré l’impact négatif de certains types de culture OGM (Coton Bt) d’une part sur la microflore du sol, essentielle pour la qualité des cultures, d’autre part sur des insectes non nuisibles du maïs (comme le papillon monarque) ou sur des «organismes non ciblés» comme des oiseaux1.

B. Problèmes liés à l'industrie des OGM

L’agriculture «biotechnologique» est une prolongation de l’agriculture intensive. Toutes les deux provoquent entre autres des problèmes de pollution chimique (des sols, des eaux, des nappes phréatiques, de la chaîne alimentaire) ; elles causent aussi l’augmentation des surfaces cultivées en monoculture, la dépendance des agriculteurs face aux semenciers, la diminution du nombre de petites exploitations agricoles, etc. Ce type d’agriculture aujourd’hui prédominant est jugé non durable par 400 chercheurs réunis dans l’IAASTD (voir www.agassessment.org/docs/iaastd_exec_summary_jan_2008.pdf).

  • Nous dénonçons la toute-puissance de quelques multinationales: Monsanto, Syngenta... 60% de toutes les semences OGM utilisées sur la planète proviennent de 5 firmes seulement! Un système économique que nous rejetons.
  • La politique de contrôle de ces multinationales sur les semences (notamment par le gène «terminator») entraîne la misère de nombreux paysans: faillites aux USA, suicides d'agriculteurs en Inde (17'000 rien qu'en 2006 selon certaines sources!)
  • Politique de la tricherie (études scientifiques faussées), du mensonge (résultats d'études faussés ou dissimulés), de la calomnie (dénigrement orchestré de scientifiques osant contredire la «sainte parole» des multi), de l'abus de pouvoir (pénurie orchestrée de semences non-OGM, en Inde par ex.): un vrai condensé de violence sociale.
  • Le principe «pollueur-payeur» ne s’applique que très rarement aux OGM. Ainsi, c’est aux paysans voulant déclarer leurs produits «sans OGM» ou «biologiques» de payer les tests prouvant l’absence partielle ou totale d’OGM dans leurs produits. C’est aux paysans américains liés par brevets à des firmes telles que Monsanto de payer des amendes si leur champ est contaminé (voir le combat exceptionnel de Percy Schmeiser à ce sujet). C’est une forme de violence morale et financière grave.

C. Problèmes liés à la technologie OGM elle-même

  • Migration du gène implanté à d'autres espèces: même si les scientifiques étudient à fond l'innocuité de la plante modifiée, ils ne savent rien de l'éventuelle nocivité des variétés et espèces «contaminées».
  • L’insertion de la construction génétique qui sert à produire des OGM est hasardeuse. Les conséquences de cette insertion hasardeuse ne peuvent être connues d’avance et ne sont pas maîtrisées. Ainsi, par exemple, la migration du gène implanté à d'autres endroits du génome peut faire apparaître des «monstres» lorsque ce gène se fixe à d'autres endroits du génome dans la variété modifiée elle-même ou dans d'autres variétés, voire dans d'autres espèces contaminées.
  • Par ailleurs, de sérieux problèmes peuvent résulter de l’utilisation de «vecteurs» lorsqu’on veut insérer une construction génétique dans un organisme ; en effet, ces «vecteurs» sont issus de parasites génétiques naturels (virus, par exemple) qu’on a artificiellement désactivés lorsqu’ils sont pathogènes, mais sans garantie qu’ils ne se réactivent pas quand ils sont insérés dans un nouvel organisme.
  • A long terme, c'est l'inconnu complet sur les effets de ces gènes "mal fixés" sur les génomes de l'ensemble du règne vivant, homme compris, et sur leurs organismes !

D. Quelques problèmes liés au PNR59

Le PNR 59 ne cherche pas à connaître les éventuels effets sanitaires des OGM (voir www.pnr59.ch/f_portrait_details.cfm). C’est pourtant une question cruciale de la thématique des OGM qui intéresse les citoyens au plus haut point. Cette question est d’autant plus percutante que diverses études ont déjà montré des effets sanitaires négatifs sérieux sur des organismes ayant consommé des OGM ou des produits en dérivés. ROBIN (2008)2 ou encore SMITH (2003 > 2007)3 en citent plusieurs cas.
Curieusement, le PNR 59 se penche par contre sur des questions d’acceptabilité et de prises de décision en lien avec les OGM4. Selon nous, un programme de recherches qui

  • est financé par des fonds publics,
  • porte sur des éléments biologiques destinés notamment à l’agriculture et, à moyen ou à long terme, à la consommation humaine directe ou indirecte,
  • et qui comporte certains risques (environnementaux, sanitaires et autres) encore en grande partie inconnus,

devrait se concentrer sur les aspects environnementaux et sanitaires des plantes en question ainsi que sur les conséquences sociales, économiques, politiques de leur éventuelle commercialisation. Par contre, un tel PNR ne devrait pas donner lieu à des études qui servent visiblement à préparer l’introduction des OGM dans l’agriculture suisse par une campagne en leur faveur.

Le PNR 59 constitue, pour le Parlement fédéral, la base de décision pour une prolongation, ou non, du moratoire sur les cultures GM en Suisse. Or, comme l’affirme le site du PNR 59, ce programme ne saurait donner « de réponse définitive à la question de savoir s’il faut permettre ou interdire la dissémination commerciale des OGM en Suisse » ; et cela même si, « en fournissant des données scientifiques, il contribuerait à une discussion plus rationnelle dans ce processus de décision politique » (www.pnr59.ch). Comme l’affirme également ce site, « une généralisation à d’autres OGM à partir des études faites à Pully sur leur blé génétiquement modifié n’est pas possible ». 

Lausanne, le 20 mars 2008, rév. août 2009, janv. 2010

1 Ces études ont amené le Commissaire européen à l'Environnement, M. Stavros Dimas, à demander le 25.10.2007 l'interdiction de la culture des maïs Bt11 et 1507, respectivement des firmes Syngenta et Pioneer/Dow.

2 ROBIN Marie-Monique, 2008 : Le monde selon Monsanto. De la dioxine aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien, Paris : Editions La Découverte ; Issy-les-Moulineaux : ARTE Editions.

3 SMITH Jeffrey M., 2007 (traduction de l’édition originale en anglais de 2003) : Semences de tromperies. Dénoncer les mensonges de l’industrie agrochimique et des autorités sur la sécurité des aliments transgéniques, Paris : MYOHO.

4 Comme illustration, voici un extrait du descriptif d'une question de recherche du PNR 59 : «Comment le dialogue avec le public sur la génie génétique doit-il être conçu?» : «La politique d’information des pouvoirs publics et des chercheurs soulève fréquemment de vives controverses, par exemple sur les tentatives d’autorisation des plantes génétiquement modifiées. Pourquoi la communication à l’attention du public a-t-elle échoué?» (http://www.pnr59.ch/f_popupprojekte.cfm?id=177&pid=174,177&person=1047) Si la communication à l’attention du public a «échoué», on doit comprendre que le but de cette communication est l’acceptation des OGM «dans nos champs et dans nos assiettes»…

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